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Professeur El Hadj Mbodj à Nettali. com

admin August 01, 2018

« L’opposition a sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive »

«Le Professeur El Hadj Mbodj est un spécialiste reconnu au niveau international des questions constitutionnelles. A ce titre, il a été un des auteurs de la Constitution et de la loi électorale en RDC (République démocratique du Congo). Ancien membre de la défunte Onel (Observatoire national des élections), il tire les enseignements de la dernière présidentielle, analyse la situation de blocus politique que connaît le Sénégal et n’épargne surtout pas l’opposition qu’il estime avoir une part de responsabilité dans la situation actuelle.

Nettali.com, mardi 17 avril 2007


Nettali.com : Professeur quelle appréciation faites-vous de la situation pré et post-électorale de notre pays au moment où les nuages s’amoncellent et où on risque d’aller vers des affrontements entre pouvoir et opposition ?

L’impression qui se dégage d’un système qui de référence des démocraties émergentes du Tiers monde qu’elle était au lendemain de l’alternance démocratique du 19 mars 2000, à un contre modèle de démocratie à travers notamment les actes passés par les animateurs du système politique de quelque bord qu’ils soient. En d’autres termes, l’observateur, l’analyste que je suis prétends être au-delà de toute conclusion partisane considère qu’il y a une responsabilité collective On peut dire que la démocratie sénégalaise est enveloppée dans un intense brouillard mettant les observateurs dans l’impossibilité de procéder à une lecture objective de ce qui présentement l’anime. 

 

Les acteurs politiques tout d’abord n’arrivent plus à s’entendre sur un minimum vital à l’épanouissement de la démocratie à partir du moment où le dialogue politique qui faisait que notre démocratie était enviée un peu partout en Afrique et qui a balisé la voie ayant conduit à l’alternance par le biais d’un système électoral consensuel et intégré. Tout ceci semble être de nos jours relégué au musée des antiquités politiques. La voie unilatérale choisie par le pouvoir en place pour remettre en cause des institutions et mécanismes qui avaient été consensuellement introduits dans le dispositif juridique et politique du Sénégal, repose la lancinante question de la légitimité du pouvoir qui comme nous le savons tous repose sur la croyance et l’adhésion de tous les acteurs politiques aux règles, principes et mécanismes qui gouvernent l’Etat. Force est à ce niveau de constater que le pouvoir libéral s’est résolument engagé dans une épreuve de force qui lui permet à travers sa main mise sur l’appareil d’Etat et sa majorité qualifiée mécanique au parlement de modifier les règles du jeu comme bon lui semble et surtout de créer des situations inédites au Sénégal, telle que par exemple les reports des élections, les prolongations des mandats des élus, et surtout les modifications unilatérales de la loi électorale en pleine période de campagne électoral. Ces responsabilités disais-je étaient partagées, car l’on ne saurait absoudre l’opposition qui à notre avis n’a pas su s’adapter à la nouvelle situation politique résultant de l’avènement à la tête de l’Etat d’un opposant « historique » qui s’était battu au demeurant avec des armes qui n’allaient pas toujours de pair avec les mécanismes et usages démocratiques et républicains. Je rappelle que l’opposition s‘est longtemps contentée de se réclamer d’une « opposition républicaine ». Ce qui vous en conviendrez avec moi, ne veut strictement rien dire surtout face à quelqu’un qui se comporte comme l’a dit à juste titre Abdou Latif Coulibaly jusqu’à présent comme « un opposant au pouvoir ».

 

Vous êtes bien sévère avec l’opposition ….

Certes j’ai des amis dans cette opposition composée d’hommes de valeur, mais dans la situation actuelle je le répète l’opposition a sa part de responsabilité même dans ce qui lui arrive, à partir du moment où elle a prétendu négocier toujours de bonne foi avec des manœuvriers professionnels, rusés et retors. Elle a ainsi raté le coche des négociations devant déboucher sur la mise en place d’une Cena sans oublier la main mise renforcée du ministre de l’Intérieur sur tout le processus électoral, malgré les mises en garde répétées de certains observateurs de la vie politique sénégalaise.

 

Moi-même, j’ai eu personnellement à publier un article faisant état des futures hypothèques qui pesaient sur le système électoral sénégalais, en mettant en cause le principe de la refonte totale du fichier électoral, de la numérisation et l’introduction de données biométriques dans les cartes d’électeurs, le maintien de la structure de supervision et de contrôle des élections sous une autre dénomination. Mais il nous a été donné de constater que les acteurs de la concertation s’étaient uniquement contentés de ce qui leur avait été proposé et qui apparaissait à leur yeux comme une avancée par rapport au système électoral antérieur. Ce qui était en réalité que chimère dès lors que le pouvoir en place retirait d’une main ce qu’il leur avait donné de l’autre. Les résultats de cette concertation rendaient déjà difficile le respect du calendrier très illusoire, car le laps temps qui séparait la concertation des élections législatives normalement programmées pour avril 2006 était trop court pour la mise en place d’un fichier électoral fiable et l’implantation d’une Cena bien imprégnée de la chose électorale. Au résultat, la présidentielle du 27 février 2007 a mis en exergue les insuffisances, les tares et surtout les pièges des négociations politiques de 2005.Tirant les conséquences de cet échec, l’opposition remet à nouveau sur la table la question de la légitimité du système électoral en conditionnant sa participation aux législatives du 03 juin 2007 à de véritables négociations sur le fichier électoral et surtout la mise en place d’une institution électorale vraiment neutre chargée de la conduite en amont et en aval du processus électoral jusqu’au transfert des résultats provisoires à la juridiction chargée de la proclamation des résultats définitifs des élections et des contestations. 

 

Aussi ce boycott de l’opposition significative est une décision que je respecte dès lors qu’elle a été mûrement pensée et élaborée par des femmes et des hommes de qualité, ayant le sens des responsabilités nationales. Je peux ajouter que cette décision très grave a été prise le cœur lourd par ces patriotes et démocrates. Cependant cette décision va permettre d’attirer au moins l’attention des partenaires internationaux sur ce qui apparaît être un véritable « mirage démocratique », mais qui, en réalité traduit un véritable recul démocratique par rapport à la situation antérieure à l’an 2000. Il est en effet regrettable, mais nécessaire tout de même de faire observer que la tenue d’élections au Sénégal est désormais du domaine de l’hypothétique. Rappelez vous que l’opposition a dû manifester- manifestation d’ailleurs sévèrement réprimée à l’époque pour s’assurer de la tenue de la présidentielle à date échue, et qu’à deux jours de l’ouverture de la campagne électorale rien n’était sûr. Cette incertitude a également plané sur la tenue des élections législatives.

 

Malgré tout, faut-il adopter comme le fait l’opposition la politique de la table rase avec ce boycott ?

 

Oui, le risque de cette politique que vous appelez vous-même tabula rasa est de laisser tout le terrain à la majorité libérale qui s’arrangera toujours à trouver une opposition fantoche composée de partis au service de Sa Majesté !. Ce pouvoir croyez-en mon expérience ne versera aucune larme, même de crocodile sur le boycott. J’ajoute qu’il ne faut pas compter sur les réactions de la communauté internationale qui se contentera tout juste le jour des élections d’envoyer des observateurs, qui à leur tour constateront le pluralisme et la régularité des élections. Ils ajouteront que : « si quelques dysfonctionnements ont été relevés dans le déroulement du processus, ils ne peuvent pas remettre en cause la régularité du vote et la sincérité du verdict des urnes », comme c’est l’usage dans les rapports dressés par ces observateurs. Le pays se retrouve ainsi livré à une majorité parlementaire qualifiée approuvant mécaniquement, sans aucun état d’âme les initiatives du Président de la République et chef statutaire du parti au pouvoir. Les règles du jeu vont en souffrir, en particulier la constitution qui passe de son statut de charte fondamentale à celui d’instrument de légitimation d’un chef omnipotent, sûr de lui et dominateur. Celui-ci pourrait même mettre en place, comme on en parle de plus en plus, des règles successorales qui pourraient lui permettre de désigner discrétionnairement son dauphin. Voilà, je crains donc que le boycott de l’opposition qui représente malgré tout – des fraudes alléguées jusqu’aux pièges du fichier électoral- plus de 45% du Corps électoral, et qui pourrait constituer une opposition significative, ne facilite les choses à Wade.

 

Que faire ? Faut-il en appeler à des Etats Généraux de la démocratie sénégalaise ?

 

Le système politique sénégalais est bloqué. Face à ce constat, il faut une mobilisation de toutes les énergies et surtout de la société civile, des forces vives de la nation (religieuses, sociales, syndicales…) pour amener tous les acteurs politiques à s’asseoir autour d’une table de négociation pour diagnostiquer les maux, évaluer le système dans sa globalité et proposer des mesures consensuelles à même de remettre le système sur les rails. La bonne foi des acteurs politiques et la prise en compte du seul intérêt supérieur de la nation sur les considérations conjoncturelles ou opportunistes devraient être de mise. D’où ma forte conviction que la sortie de crise du système passe par un report des législatives. Ce qui serait un moindre mal par rapport aux enjeux liés à la survie même de notre système démocratique. Il faut aller vers des Etats généraux de la démocratie sénégalaise, et si le président Wade que l’on a connu comme un grand combattant de la démocratie pendant sa longue opposition depuis 1974 veut laisser une empreinte positive à la postérité, alors cette issue est incontournable. Il faut pour cela neutraliser les forces centrifuges dénuées de toute culture démocratique, forces négatives gravitant au sein du pouvoir appelées « faucons » pour aller vers plus de réalisme, de grandeur d’âme sinon notre pays risque de basculer, sans jouer les oiseaux de mauvais augure, sous les fourches caudines de l’instabilité au moment où les régimes autoritaires instables et anti démocratiques sur le continent constituent un îlot dans un océan de démocratie.

Propos recueillis par Ibrahima Mané Politologue-Journaliste


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